Bio

Biographie 2014 – Matthieu Malon – par Christophe Basterra.

On se souvient toujours des premières fois. D’ailleurs, la première fois qu’on a entendu parler de Matthieu Malon, c’était lors des derniers soubresauts du siècle dernier. Dans les pages d’une revue pop moderne, le titre de l’article titillait la curiosité et surtout, annonçait les couleurs (froides, les couleurs – forcément) : “Cherchez le glaçon”. C’était bien avant que Daniel Darc ne ressuscite, avant qu’il ne soit (re)devenu cool de chanter dans la langue de Molière une pop aux accents anglo-saxons.
Originaire d’Orléans, le garçon – dont on découvrait en même temps le passé à la tête de la formation culte Joe Shmo – signait un disque nouvelle vague, en équilibre entre obsessions organiques et sensations électroniques. Dans un paysage où la touche française régnait encore en maître, l’album Froids, paru sur feu le label Village Vert (Autour de Lucie, Déportivo, Luke, entre autres) n’avait pas d’égal. Son auteur non plus.
Depuis, il s’en est passé des choses. Pour nous, pour lui. Mélomane boulimique jamais rassasié autant que musicien toujours aux aguets, le jeune homme ne pouvait se contenter d’une seule identité. Schizophrénie ? Peut-être. Qu’importe.
Caché derrière le nom de laudanum, il a ainsi réalisé trois disques électroniques chantés en anglais – dont un presque chef d’œuvre, System:On, paru dès 2002 – et une série de reprises qui en disent long sur son éclectisme – de Kim Wilde à Sebadoh, pour faire court. Sous celui de ExEx et dans une veine presque similaire, en compagnie d’un alter-ego nommé Simon Dupont-Gellert, il a signé quatre EP – et l’aventure ne serait pas terminée. De cette discographie pléthorique – dont la majorité a vu le jour sur la structure Monopsone –, émane pourtant un fil rouge : ce désir de suggérer des émotions, de jouer avec les ombres, de pratiquer le clair-obscur.
Ce fil rouge, on le retrouve aujourd’hui sur Peut-être Un Jour, œuvre née entre autres d’une frustration. Une frustration vieille de dix ans, lorsque ce qui devait être le successeur de Froids est resté lettres mortes, faute de label. Les Jours Sont Comptés n’a donc jamais existé qu’en l’état de maquettes, qu’en album virtuel uniquement disponible en téléchargement – un comble pour son auteur, passionné par l’objet qu’est le disque.
Mais, annoncé il y a un an par un bel hommage à… Daniel Darc enregistré dans l’urgence (28.02.2013), Peut-être Un Jour est aussi (et surtout) né de nouvelles appétences, d’un désir de se raconter – il y a beaucoup de passages autobiographiques au gré de ces douze chansons dont certaines ressemblent à des exutoires –, d’une envie de retrouver la dynamique de groupe, d’enregistrer “naturellement, dans une cave” sous la houlette de l’indéboulonnable architecte sonore PE.
En compagnie du batteur Philippe Entressangle (Etienne Daho), du guitariste Sébastien Gautron, du bassiste Lionel Laquerrière  (Nestor Is Bianca, Yann Tiersen) et du pianiste Jean-Christophe d’Arnell (Collection d’Arnell-Andrea), Matthieu Malon a fait le tri dans son répertoire et peaufiné ces morceaux dans lesquels il a laissé infuser toutes ses obsessions musicales – la scène indie et la new-wave des années 80, le post-rock et le slowcore du début de la décennie suivante  – pour mieux les partager.
Alors, de mélodies qui vrillent la tête et flattent avec élégance la nostalgie (Au Revoir À Jamais, À Quoi Tu Penses ?) en format pop sans fioriture (La Tête À L’Envers), il serre les poings et marque des points (Dernier Uppercut, en guise d’ouverture triomphante), prend le temps de ralentir (Tu Étais Mon Pote) avant d’appuyer sur l’accélérateur (Je Suis heureux), tandis que Stéphane Merveille, metteur en images de l’histoire, a rarement aussi bien porté son nom.
A l’heure où une certaine scène pop et rock française est — une fois n’est pas coutume – en odeur de sainteté, Matthieu Malon affirme de son côté que La Messe Est Dite. Pourtant, Peut-être Un Jour n’est pas un “testament”. Il ressemble plutôt à une renaissance.

On n'a pas le choix…